Il a encore bien plu cette nuit mais pratiquement plus au lever. Pendant que Bastien range la tente et change les plaquettes de frein du vélo pino, les enfants et Marion retournent au zoo du camping de 9h à 10h30. C'est vraiment un bel endroit, tranquille. Nous sommes visiblement les seuls visiteurs en ce jeudi pluvieux. Les enfants absorbés dans leurs observations ne sont pas gênés par la pluie qui recommence.


On démarre à 11h pour désormais suivre l'euro vélo 8 le long du Pô pendant plusieurs jours. On ne sait pas où on va dormir ce soir, car le prochain camping est à 77 km.


On traverse Valenza et s'y ravitaille dans une panetteria. Après deux petites montées au début, la suite de l'itinéraire est plat. Et contrairement aux routes nationales, il est possible de rouler côte à côte sur un itinéraire cyclable, donc de discuter. Solène raconte à Marion le livre qu'elle vient de terminer ("Le faucon déniché") et Victor raconte à Bastien "La roche aux mouettes". (Merci Papé de nous avoir apporté ces livres avant notre départ, trouvés dans des boîtes à livres)


Nous traversons quelques villages et leurs églises, puis prenons un chemin de terre plein de flaques boueuses. A notre gauche, le Pô est lui-aussi couleur café au lait. On s'approche de sa confluence avec le Tanaro. Un éclair zèbre le ciel, et 8 secondes après retentit le tonnerre. La pluie s'intensifie. Nouvel éclair, et roulement de tonnerre 7 secondes plus tard. On arrive à Bassignana sous une pluie battante à 14h. Bastien remarque un renfoncement devant chaque porte latérale de L'église et y dirige notre convoi pour s'y abriter. Une vieille dame se gare alors devant la maison voisine de l'église et nous dit de rentrer chez elle à l'abri. On franchit le portail de sa cour avec nos vélos pour arriver sous un préau au sec. Au même moment, l'éclair et le tonnerre éclatent simultanément.


Nous voici sur une grande terrasse bordée d'arcades avec un haut plafond blanc. A droite la maison, à gauche un jardin et un potager détrempé avec des arbres fruitiers. La dame déplie une nappe sur sa table de jardin et nous prie de nous y installer avec notre pique-nique. Elle ne nous pose pratiquement aucune question, va et vient, et nous raconte au fur et à mesure quelques éléments de sa vie. Elle s'appelle Maria-Rosa, a 83 ans, vit dans cette maison depuis son mariage. Son mari est décédé il y a 4 ans. Elle a un fils et une fille, et une petite fille qu'elle voit peu. Son mari et elle étaient instituteurs.


On décline le café mais accepte les abricots. On consulte les prévisions météo : ça devrait se calmer en une toute petite pluie vers 15h40, soit dans une heure ; on repartira à ce moment-là. En attendant, les enfants font chacun un dessin pour Maria-Rosa.


Elle propose alors à Bastien, puis à toute la famille, de visiter sa maison. Elle comporte 5 chambres sur 4 étages. Bâtie vers 1700, elle appartenait au seigneur de Bassignana. Et en effet, le salon et la salle à manger sont semblables à un musée : plafond peint, tableaux aux murs, portes magistrales en bois qui se ferment seules sans claquer, mobilier ancien... Maria-Rosa montre aussi aux enfants le fonctionnement de sa cuisinière à bois centenaire, toujours en service. Puis elle nous montre ses deux albums photos, un de son fils né en 1968 et un de sa fille née en 1975. Les émotions défilent sur le visage et dans la voix de Maria-Rosa : tendresse, nostalgie, rires.


De retour sur la terrasse, les enfants jouent bruyamment avec les balles et le vieux parapluie qui sert de toupie pour les 3 chats de Maria-Rosa. Bastien s'éclipse un moment avec Maria-Rosa sans que Marion et les enfants aient compris pourquoi. Il revient bientôt en secouant un trousseau de clés : on dort ce soir à l'aumônerie !


En fait Maria-Rosa a conduit Bastien chez le prêtre Raoul, son voisin, Ivoirien francophone très gentil, qui nous propose de passer la nuit dans la salle de l'aumônerie (oratorio en italien) à 50 m. Il est 16h15, nous déplaçons nos vélos là-bas et découvrons au premier étage une vaste salle avec des tables, chaises, table de ping-pong, baby-foot, livres, puzzles, jeux de société ; et des toilettes à côté.


Le prêtre et Maria-Rosa nous ont dit qu'ils allaient à une messe à 17h. Marion s'y rend pendant que les autres vont à l'épicerie du village indiquée par le prêtre.

La messe se déroule dans une petite salle simple mais bien décorée. Le prêtre, Maria-Rosa, Marion et une autre dame sont les seuls participants.


A 17h30, la messe terminée, Marion rejoint les autres 200 m plus loin dans la supérette du village où ils discutent avec Massimo, le commerçant, ravi de discuter en français avec des voyageurs. Bassignana compte 1700 habitants, l'épicerie est ouverte tous les jours sauf 3 par an, de 8h à 13h puis de 16h à 20h. Le magasin propose des produits de toutes sortes, même un étal de fromage et charcuterie à la coupe, et les légumes sont beaux. Nous achetons notamment deux boîtes de biscuits pour Maria-Rosa et le prêtre, choisies avec l'aide de Massimo.


Puis nous entrons dans l'église San Stefano où nous avions voulu nous abriter. L'église est vaste et encore une fois admirablement décorée. Puis Victor veut rentrer jouer au monopoly, avec l'aide de Bastien pour traduire les cartes chance et caisse de communauté.


Les 3 autres vont à l'aire de jeux face à l'église, puis sonnent chez Maria-Rosa avec la grosse boîte de biscuits sous le bras. Pas de réponse, mais au même moment arrivent une femme et un adolescent. "Je vous ai vu avec les vélos, vous cherchez Maria-Rosa ?" Marion et la dame, prénommée Grazia, discutent alors. Imprégnée d'italien depuis quelques temps désormais, Marion arrive à échanger avec cette sympathique dame, qui n'en revient pas de notre voyage. A trois reprises, une connaissance à elle passe en voiture et Grazia interpelle le conducteur : "4000 kilometre, 5 mese, con bicicleta !"


Entre temps Maria-Rosa arrive, et la petite troupe de 6 personnes s'en va à l'aumônerie. Marion appelle Bastien pour qu'il descende et Grazia nous guide tous à pied jusqu'à une autre des 4 églises de la ville : San Lorenzo. Une grotte fleurie abritant une statue de vierge s'y trouve. Grazia explique que le rosaire sera récité ce soir à 21h, dans le cadre de la liturgie du mois de mai dédié à Marie. Puis Grazia et le jeune garçon (Matteo) nous raccompagne à l'aumônerie. Il est 19h.


Maxime fait un puzzle avec Marion, Solène prépare un message pour sa classe, et Victor poursuit sa partie de monopoly en faisant jouer 2 joueurs. Bastien prépare le repas, Marion et Maxime gonflent les tapis de sol. On dîne, se lave au gant dans le lavabo. Les enfants excités jouent au baby-foot, Bastien va au rosaire. Les enfants écrivent leur carnet de voyage et s'endorment à 22h.


Quelle journée mémorable, pleine de rencontres généreuses et authentiques ! L'absence de lieu pour dormir prédéfini, la concomitance de l'orage et de la rencontre de Maria-Rosa qui spontanément nous fait entrer chez elle sans poser de questions, le prêtre discret et bienveillant, Massimo accueillant et disponible, Grazia enthousiaste et ouverte. Merci à vous.