Au réveil la pluie tambourine sur le toit du préau : 15 mm d'après la météo italienne. Vraiment quelle chance ce préau ! Les vêtements lavés hier n'ont pas séché pendant la nuit. On consulte les prévisions de précipitations d'aujourd'hui et demain pour décider si l'on part ou s'il vaut mieux rester un jour de plus à l'abri. A priori ça va se calmer, même si de petites pluies sont encore annoncées au cours de la journée.


Pendant que l'on range, l'averse justement prend fin. On démarre à 11h, et s'arrête au bout d'un kilomètre pour enfiler vestes imperméables, pantalons de pluie et guêtres, car des gouttes recommencent à tomber. On s'arrête au supermarché Mercato. Une fois les courses terminées, il ne pleut presque plus.


La sortie d'Asti par la route nationale n'est pas très agréable, mais après 8 km on la quitte pour monter dans la campagne à travers champs, vignobles et villages. Nous sommes dans la région du Monferrato (Montferrat). Le parcours est une succession de petites montées (dénivelé total de 550 m sur la journée), plats et descentes. Sur les collines, la terre est d'une belle couleur rouge. Des noisetiers, des vignes et du blé sont les cultures dominantes. A la traversée d'un bois, une biche traverse furtivement la route sous nos yeux (sauf pour Victor qui ne l'a pas vue alors qu'elle était 5 m devant lui !!) .


Certains hameaux de maisons de viticulteurs sont particulièrement jolis. D'autres villages sont manifestement plus modestes et étonnamment déserts. Les volets des maisons sont clos, les rues vides, il n'y a pas de commerces. Dans l'un de ces villages au début d'une descente, Solène entend brusquement un frottement sur son vélo. Elle s'arrête aussitôt, accompagnée par Marion. Elles examinent le vélo : une vis tenant le porte-bagages et le garde-boue est tombée, si bien que le garde-boue sous le poids des sacoches frotte contre le pneu. Marion laisse Solène pour aller chercher Bastien qui a continué la route avec Maxime et Victor.


Marion les retrouve un kilomètre plus loin sur une place. Bastien prend sa sacoche de bricolage et remonte avec le vélo de Marion en allumant le moteur jusqu'à Solène. Marion, Victor et Maxime jouent au loup sur la place. Une villageoise sort dans son jardin et crie "bravo bravo" en voyant les enfants s'amuser et crier. Marion s'approche de la dame qui lui demande si elle veut acheter la maison en face pour venir en vacances en Italie ! La dame ne parlant qu'italien, il est difficile de tenir une conversation, mais Bastien et Solène reviennent bientôt. La dame cherchant manifestement de la compagnie entreprend de démontrer à Bastien tout l'intérêt d'acheter la maison d'en face de chez elle : "Vous pourrez venir en vacances, même à Noël, il y a plein d'Allemands qui achètent mais vous vous êtes un peu comme nous, c'est vraiment pas cher ici, le monsieur qui vend cherche à s'en débarrasser suite au décès de ses parents, pour 30 000 euros c'est bon, vous pourrez faire des promenades à vélo...". Il faut arriver à s'éclipser poliment : "On y réfléchira dans 6 mois quand on aura fini notre voyage...".


On continue notre route, Solène et Victor passant désormais devant dans les côtes, ce qui arrange bien Bastien qui ne les a plus dans le dos lui demandant tous les 200 m le pourcentage de la montée, si on a passé la pente max, l'altitude, la longueur du prochain raidillon, etc. A 15h et 28 km, on s'arrête pour pique-niquer sur la place d'une petite église. Le ciel est menaçant, une voiture s'arrête et un monsieur propose de nous héberger si besoin. Manifestement son fils fait aussi ce type d'aventure et il est sensibilisé aux galères que ça peut vite devenir avec le mauvais temps. Bastien le remercie chaleureusement et prend son numéro au cas où, le monsieur vétérinaire repart vite à son travail.


On se refroidit sous ce ciel gris et ne traîne pas pour repartir : rien de telle qu'une petite montée pour se réchauffer.


La vue d'ensemble du village de Mirabello Monferrato que l'on découvre au sommet d'une montée dans le tournant d'un virage est pittoresque avec ses quatre tours. Il paraît qu'on peut monter dans l'une d'elle pour une vue panoramique. En entrant dans le village, des banderoles roses sont suspendues en travers des rues : le tour d'Italie est passé par là. On va jusqu'à la fameuse tour, mais la porte en est fermée. Quelques gouttes tombent quand on repart, donc on se ré-équipe contre la pluie, mais finalement il n'y a pas de véritable averse.


On atteint notre destination à 18h30 et 50 km près de Valenza, rejoignant ainsi l'euro vélo 8. Le camping Terme di monte Valenza contient deux très belles aires de jeux et surtout un zoo, en libre accès pour les campeurs ! Bastien monte la tente pendant que les enfants font de la tyrolienne et autres jeux. Puis il les accompagne au zoo pendant que Marion prépare les couchages et le repas. Nous sommes les seuls campeurs, et la gérante ouvre les sanitaires exprès pour nous.


Le zoo se révèle assez grand : perroquets, daims, paons, surricates, buffles... Les enfants sont ravis (selon Victor "nous sommes au paradis des enfants"), nourrissent les animaux, Victor se fait attaquer sans raison par une grue d'Afrique plus grande que lui (heureusement bloquée par la grille, "vecchia strega") et la nuit commence à tomber quand ils rejoignent la tente vers 20h15. Nous avons particulièrement faim après cette longue étape, et sans goûter. Nous avalons 500 g de genre de ravioles (poids mouillé), 500 g de trofie, pâtes en forme de lombrics (poids sec) avec 200 g de sauce tomate-basilic, un gros melon, 1 kg de fromage blanc et 300 g de biscuits Mulino Bianco. Puis douche, vaisselle, carnets de voyage et on s'endort vers 22h30 avec les chants des paons, chouettes et grenouilles.