Au réveil les enfants gardent leur pulls le temps du petit-déjeuner car il fait encore frais. On part à 10h15. C'est pas mal pour nous, mais on est quand même les avant-derniers à quitter le (petit) camping !
Bastien a parlé d'un camping à la ferme à 99 km et Victor s'est mis en tête d'y arriver dès ce soir. Marion ne se sent pas pressée et pense faire 60 km aujourd'hui et 40 km demain pour avoir le temps de profiter du camping à la ferme. Pour aujourd'hui, elle aimerait bien cueillir des prunes, car on a déjà vu beaucoup de pruniers hier mais sans prendre le temps de s'arrêter.
On roule tranquillement jusqu'à Szob. C'est rigolo, les noms des villes hongroises avant Budapest nous paraissaient tous très longs, mais ceux après Budapest sont plutôt très courts. Szob étant la dernière ville avant de passer en Slovaquie, on a prévu d'y poster nos cartes avec des timbres hongrois. Devant la boîte aux lettres rouge, un supermarché. Il faudrait peut-être aussi dépenser les florins qu'il nous reste en liquide ? Solène et Marion entrent donc pour quelques courses. Bastien, Victor et Maxime se mettent à l'ombre pour attendre.
Un vieux monsieur souriant se lève de son banc et les aborde en hongrois. Ils essaient de discuter, Bastien lui dit "Franciaorszag" (c'est ce qu'on a mis dans l'adresse pour les cartes postales) mais il ne comprend pas. Bastien lui montre la carte de notre tour des Alpes sur son téléphone mais il ne voit rien sans ses lunettes. Bastien finit par produire quelques phrases avec le synthétiseur vocal. Le monsieur joue avec Victor à se taper dans les mains, ce qui amuse beaucoup Victor. Au moment de partir, il nous fait répéter après lui "Vislàt", au revoir.
Après un arrêt pipi, un arrêt problème de compteur de Solène, et un arrêt libellules, on passe vers 12h30 un petit pont sur le Hron, affluent du Danube, où se trouve la frontière hongro-slovaque.
Première trouvaille de l'autre côté du pont, à l'entrée d'une petite ville : des poubelles de tri sélectif ! On peut enfin jeter nos déchets recyclables du dîner et petit-déjeuner passés. C'est une chose surprenante en Hongrie : on a eu du mal à trouver des poubelles de tri, ce qui n'était jamais arrivé dans les pays précédemment traversés.
Deuxième trouvaille à notre entrée en Slovaquie : un nid de cigognes avec 2 adultes et 2 jeunes bien visibles.
On sort de la ville puis continue sur le bord d'une route. On passe devant plusieurs pruniers et finit par s'arrêter sous l'un d'eux pour les goûter et remplir deux boîtes de glace de prunes rouges.
On se repart sur le bord de route à travers bois. Voilà que Victor se met à râler qu'il a faim et veut s'arrêter. Mais impossible de s'arrêter sur cette route qui n'a même pas de bas-côté, juste des fossés de part et d'autre. On a roulé 23 km et il est 13h15. "On n'a pas fait plus de kilomètres?" s'étonne Marion, "mais je pensais qu'on ferait facilement 30 km le matin et 30 km l'après-midi. On n'est pas partis tard pourtant !" Bastien répond : "Oui mais on a fait des arrêts toute la matinée. C'est pas faute de vous dire d'avancer !"
On continue de rouler sur cette route jusqu'à tourner sur un chemin forestier tout au bord du Danube. Soudain un accès à l'eau apparaît. Bastien propose à Victor de s'arrêter là pour manger. Des moustiques apparaissent aussitôt.
"Marion : Et sinon, la prochaine ville, c'est loin ?
- Bastien : 2 km.
- Victor : Ah non c'est beaucoup trop, j'ai vraiment faim, j'ai mal aux jambes !
- Marion : Mais tu voulais faire 99 km aujourd'hui, tu peux bien faire 2 km de plus maintenant ?"
Inutile d'insister, on sort la bâche et s'y installe pour déjeuner. On a fait 26 km et il est environ 13h30. Au dessert, on grimpe sur un arbre penché sur le Danube d'où l'on crache nos noyaux de prune dans l'eau.
On repart tranquillement pendant un bon moment. Soudain un immense édifice apparaît au loin. Petit coup d'œil sur Google map : ce serait la basilique Saint Adalbert à Esztergom, de l'autre côté du Danube. Elle paraît vraiment énorme. "Bastien, on pourrait aller la voir de près ? Est-ce qu'on a le temps ou ça fait un trop grand détour ?"
Finalement un pont relie Sturovo (Slovaquie) à Esztergom (Hongrie). En effet, le Danube sert de frontière entre la Hongrie et la Slovaquie sur un grand linéaire dont nous suivons une partie ces jours-ci. Donc après une incursion de 3 petites heures en Slovaquie, on franchit le pont du Danube et rentre de nouveau en Hongrie ! On gravit la colline où se dresse la basilique et gare nos vélos près du cabanon de la caisse à 15h30.
Marion regarde sur internet en quoi consiste la visite de la basilique : il y a quatre choses à voir : église, trésor, crypte et dôme. Pour le dôme, c'est une visite groupée qui part à 16h. Bon et maintenant, on prend quoi de tout ça ?
Bastien cherche sur internet les campings. "En fait il y a un camping à Esztergom. Donc on va rester ici aujourd'hui, comme ça on n'est pas pressés. Pour la visite de la basilique, prenons la totale."
On a un quart d'heure avant le départ de la visite du dôme. En attendant, on commence par visiter "l'église". Son apparence actuelle date des années 1822-1869 pendant lesquelles elle a été reconstruite sur les restes d'une ancienne église consacrée en 1001 par le premier roi de Hongrie Saint Étienne. L'église est surmontée d'un énorme dôme central et de deux autres plus petits de chaque côté. C'est l'une des plus grandes églises de Hongrie. En effet, à l'intérieur on est frappé par ses dimensions. "Regarde maman, s'exclame Solène, les lettres en haut tout autour du dôme doivent faire à peu près ta taille !" Maxime préfère tourner en courant dans la rosace dessinée au sol à l'aplomb de la coupole.
A 16h on rejoint le groupe pour monter au "dôme". La visite peut être annulée en cas de mauvais temps mais là c'est bon. On monte plusieurs séries d'escaliers jusqu'à la base du toit en cuivre de la coupole. Et là, la vue est impressionnante. Le dôme mesure déjà 100 m de hauteur, et comme la cathédrale elle-même est sur une colline, on est encore plus haut par rapport au Danube et ses alentours. On fait lentement tout le tour de la coupole.
On visite ensuite "le trésor". Il s'agit en fait d'une salle exposant sous vitrines des objets religieux de grande valeur, en or, pierres précieuses, etc : chasubles, croix, calices, bagues, crosses, coffrets... Et il y en a beaucoup ! A notre grand étonnement, les enfants s'intéressent à cette exposition, semblant comprendre la valeur historique et marchande de ses objets et la prouesse artistique pour les réaliser (à la main). Le plus vieil objet que nous avons repéré date de 870, une croix dans un cristal de roche provenant de Lorraine. Un panneau indique que l'ensemble de ce trésor constitue le plus riche des églises de Hongrie. Il est exposé au grand public depuis 2020, photos néanmoins interdites.
On visite enfin "la crypte". Nouvelle surprise, c'est immense ! On descend dans de vastes pièces à 12°C, comme dans une grotte. Les plafonds sont hauts. Dans la partie centrale, un autel et des chaises autour doivent servir pour certaines cérémonies. Les autres pièces comportent des plaques murales marquant la présence de cercueils derrière. Les grandes plaques semblent être pour des évêques ou autres grands dignitaires de l'église. D'autres plaques sont plus petites et plus récentes, jusqu'à 2024. Somme toute, on a l'impression de visiter un cimetière ou des catacombes.
On ressort ainsi de la basilique à 17h30 ! On roule jusqu'au centre ville où l'on trouve aisément des glaces, puis on se rend au Gran camping. Gran est en fait le nom allemand d'Esztergom. Il est 18h35 et on a parcouru 38 km aujourd'hui. Le camping a une piscine, un bassin extérieur plutôt grand, qui ferme à 19h. On n'a donc plus le temps de se baigner, mais ça ne semble gêner personne de nous cinq.
Bastien a annoncé le programme de demain aux enfants : 70 km jusqu'au fameux camping à la ferme. Donc on se couche tôt et on se lève tôt. Victor propose alors d'écrire leurs carnets de voyage dès maintenant, pendant que Bastien monte la tente et Marion et Maxime préparent le repas, plutôt que dans la tente avant de dormir. Excellente idée...
Après le cahier, les enfants ont même le temps de laver leurs sandales et de cueillir des prunes sur un arbre juste à côté des tables de pique-nique où on se prépare à dîner (avec quelques moustiques...). Le plaisir de grimper dans l'arbre égale celui d'en manger les plus beaux fruits. Pendant ce temps, Bastien répare le compteur de Solène et vérifie les freins de Marion : ils ne sont toujours pas usés depuis le début du voyage !
Après le dîner, petit tour aux jeux bien mérité pour les enfants, douche et dodo un peu avant 21h30 !