L'aire de camping-car sur laquelle nous sommes installés mériterait d'être référencée comme un camping, d'autant plus qu'il n'y en a aucun à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Son fonctionnement est particulier : il faut juste appeler un numéro en arrivant, on tombe vraisemblablement sur un des habitants du village qui gèrent le lieu. La personne donne 2-3 indications et il faut mettre le prix de la nuitée (10€) dans la boîte aux lettres. La personne avait aussi indiqué où sont cachés les jetons pour prendre une douche chaude, mais l'eau s'était révélée glaciale d'où la toilette de chat au gant... Bastien avait profité de la discussion pour se renseigner sur le trajet jusqu'à Mantova : "une belle piste cyclable sécurisée". Nous décidons donc de laisser toutes nos affaires sur l'aire de camping-cars afin de visiter Mantova à 8 km et revenir coucher ici le soir.
La piste est effectivement super et les enfants partent à fond pour soigner leurs statistiques de moyenne horaire. Décidément ces compteurs auront été un cadeau d'anniversaire plus qu'apprécié : "Papa, avance plus vite, je suis à 15,95 km/h de moyenne, il faut que je passe les 16".
Difficile pour Bastien de tenir le rythme même sans sacoche. L'arrivée sur Mantova se fait par un parc sur les rives des lacs qui entourent la ville. C'est vraiment très agréable et nous change des arrivées par les nationales et ponts dangereux rencontrés dans plusieurs villes comme Pavia ou Asti.
Les enfants repèrent des jeux et rouspètent qu'on les emmène plutôt visiter un palais. Comme d'habitude nous n'avons pas tellement eu le temps de nous renseigner sur le contenu de la visite plus qu'un : "mais si je vous assure ça va être bien" moyennement convaincant.
A 11h nous garons nos vélo juste devant le palais ducal et prenons nos billets. "Vous avez l'entrée pour 12h pour la "camera degli sposi", pas de place avant, en attendant vous pouvez aller au musée archéologique".
Nous récupérons un plan du palais et voyons qu'à part cette chambre il y a beaucoup d'autres parties du palais à visiter et cherchons d'autres entrées. Peine perdue, le joyau de la visite est aussi l'unique point de départ, impossible de l'esquiver. Nous nous rabattons sur le muséearchéologique (aussi pour profiter de ses toilettes), et en profitons pour admirer les amants de Valdaro, deux jeunes du néolithique enterrés ensemble et dont les ossements ont été retrouvés en 2007 près de Mantova.
Vers 11h30 nous ressortons et nous approchons de l'entrée du palais (le billet mentionne d'être "bien à l'heure", on a le droit d'être en avance, non ?), faisons patienter un peu les enfants dans une cour puis finalement nous présentons à 11h48 devant l'entrée. Le gardien sort son téléphone : "Il faut attendre encore 7 min". D'autres personnes tentent : "nous sommes âgés, on marche lentement, on peut entrer plus tôt ?" Rien n'y fait, le lieu semble rodé à gérer les grandes foules, même si à part de très nombreuses classes avec leurs professeurs il ne semble pas y avoir énormément de touristes.
À l'heure dite nous entrons et écoutons l'introduction de l'audioguide : "le palais comporte plus de 1000 pièces, 8 jardins, 7 tours, plusieurs souterrains, une église, un théâtre". Nous sommes impressionnés et ne soupçonnions pas un tel monument. La camera degli sposi (dans laquelle on n'a pas le droit de s'attarder plus de 5 minutes comme dans la chapelle Sixtine) déçoit finalement Marion : "Bon il y a des fresques de partout, ok, mais c'est pareil dans toutes les églises, je ne vois pas ce qu'il y a de plus".
Ensuite nous enchainons des dizaines et des dizaines de pièces toutes richement décorées, toutes différentes, le plus souvent avec des fresques mais aussi des tableaux, des boiseries, des tapisseries, créées pour la famille Gonzague qui a régné en ces lieux pendant 400 ans. Ce palais est un exemple de l'art de la Renaissance italienne, avec ses personnages plus grands que nature, les contrastes de lumière, les effets de mouvements et de perspectives. C'est gigantesque et impressionnant, les enfants perçoivent aussi la grandeur des lieux. Nous ne connaissions pas et c'est donc une belle surprise, ce palais (et la ville) mérite clairement la visite.
Nous ne pouvons nous attarder sur chaque détail, c'est trop long et les estomacs ne vont pas tarder à gronder, mais on pourrait y passer une journée entière si on voulait tout lire et écouter. De très nombreux passages sont bloqués, on sent qu'il y a plein de pièces derrière les barrières (disons qu'on en a vu 50, il en reste 950...). On est un peu frustrés du manque d'explications sur la vie à l'intérieur du palais : à quoi servent 50 (ou 500 ?) pièces décorées comme cela ?
Nous ressortons vers 13h30, achetons nos traditionnelles foccacia pour compléter le repas et pique-niquons à proximité du palais.
Nous faisons ensuite un tour dans le centre ville, afin de rentrer dans la cathédrale, visite aussi traditionnelle que la foccacia. Nous tournons un peu en rond et arrivons dans la basilique "concattedrale" San Andreo. Ce n'est en fait pas la cathédrale, ça reste immense et connu (pas par nous, on a découvert comme d'habitude sur place) pour héberger un peu de sang du Christ dans la crypte. Une messe nous empêche d'aller voir comment cela se présente. Victor est toutefois impressionné par la grandeur du bâtiment là encore. Solène demande à rester un jour de plus dans la ville pour visiter.
Nous reprenons finalement nos vélos et faisons le chemin inverse. Le parc au bord du lac comporte des dispositifs scientifiques en accès libre ("parco della scienza"), pas mal d'illusions d'optiques mais aussi des ateliers de mécanique et d'acoustique. Nous passons de stand en stand en essayant d'expliquer les phénomènes mis en jeu puis allons au parc de jeux repéré par les enfants le matin.
Comme d'habitude le ciel se couvre et le tonnerre gronde, on se prépare à rentrer, Victor nous assure avoir repéré une gelateria sur le bord de la piste cyclable à l'aller. Il a l'oeil ! Effectivement elle est bien là et les enfants dégustent une glace tandis que quelques gouttes commencent à tomber.
Finalement l'orage passe juste à côté et on roule sans se faire mouiller, quelle chance cette fois-ci !
Au retour nous nous arrêtons faire quelques courses puis repas, douche au gant (l'eau chaude n'est toujours pas revenue, Bastien a retesté la douche glaciale), cahiers du jour et dodo à 22h.